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Origine et pertinence de la particule dans les patronymes


vendredi 18 février 2005, par Patrice Legoux

Sommaire.
- Questions et réponses [1]



Cet article fait partie d’une série de ressources utiles indéxées au sein du Répertoire des informations généalogiques pratiques.


Questions et réponses [2]

Questions.

« j’ai remarqué que j’avais beaucoup plus souvent des filles "de ...." que des garçons

j’avais commencé à échafauder des explications

quand un ami m’a donné une clef du mystère bien plus convaincante :

Pierre Martin a 2 enfants :
-  Jean Martin
-  Marie de Martin

il n’a pas offert un domaine noble à sa fille en dot.

tout simplement le "de" ne fait PAS partie du nom. mais de l’expression "fille de"

j’ai déjà supprimé des dizaines de "de" dans mon fichier

si des spécialistes peuvent nous éclairer sur le sujet je crois qu’ils éviteront bien des incompréhensions à beaucoup » [3]

Réponses.

-  « En général le "de" représente en effet "fille (ou parfois fils) de". Les familles nobles se reconnaissent en général par le mot "noble" placé avent le nom (exemple : noble Alexandre de FARAMOND). » [4]

-  « Nous avons dans la vie courante tendance à assimiler la particule "de" (dite parfois particule nobilière) à la noblesse. Ce phénomène est accru par le fait que des familles qui ne sont pas nobles mais ont des prétentions à la noblesse se sont adjointes cette particule

La noblesse d’empire n’a pas de particule . Exemple : Le Baron Larrey chirurgien de Napoléon, le baron Ernest Antoine SEILLERES qui est actuellement à la tête du patronat français, etc...

Sous l’ancien régime les familles nobles ont généralement des noms à rallonge avec la particule de (ex : De Colonge de Lauzières). Très souvent ce nom est précédé l’indication "noble". Il existe aussi à cette époque des familles nobles authentiques sans la particule

Au XVII ème et au XVIIIème surtout dans la première moitié du siècle on observe que les patronymes des filles (épouses ) sont souvent féminisés. quand ils ne sont pas féminisés ils sont précédés de la particule "de" qui signe l’appartenance à une famille . On peut penser que cette particule "de" est mise pour "fille de" mais comme l’on voit souvent la particule n’est employée que pour les fille de la maison la traduction la plus exacte est " de MARTIN " = appartenant à la famille MARTIN

Ainsi la fille de Mr MARTIN à l’époque ancienne sera selon les us locaux désignée comme MARTINE (nom féminisé) ou "DE MARTIN" (avec particule donnant pour nous une illusion de noblesse)

Le phénomène se complique lorsque nous trouvons la particule "DE" pour un homme . On suit la généalogie de Mr MARTIN qui est un brassier, son fils se dit laboureur, son petit fils paysan , à une génération suivante on voit que le fils devient au cours de sa vie "Mr DE MARTIN" : il est alors un bourgeois , riche marchand . Cette particule qui apparaît devant le nom est ce que j’appelle faute de mieux le "DE" de notoriété . Celui qui le met devant son nom singe la noblesse . Même si vous ne le revendiquez pas on va dans les échanges locaux vous l’octroyer . Si on vous désigne par "Mr DE MARTIN" c’est que vous avez acquis un bon statut social . Par la suite vous prendrez l’habitude de l’adjoindre à votre nom

Ce DE de notoriété peut être rapproché de la latinisation tardive de certains noms de familles qui a pour but ou effet de donner du lustre à certains patronymes . C’est un phénomènne que l’on observe notamment dans les familles notariales.

La noblesse comporte tous les degrés, le plus faible toujours oublié étant celui d"ecuyer de noblesse" . Je pense qu’à ce niveau là il n’y a pas de particule "de" (je n’en jurerai pas). Il y a 2-3 ans a paru dans le bulletin du CGR une étude généalogique sur une famille PAULHE de je ne sais où qui était très modeste . C’était néanmoins une famille noble car dans les actes concernant les membres de cette famille on trouvait de génération en génération la mention "noble Antoine PAULHE" jusqu’à ce qu’ils finissent par abandonner complètement cette appellation . A noter qu’ils travaillaient pour vivre (derogeant) exerçant un travail faisant perdre la qualité de noble ce qui n’est pas le cas par exemple pour les gentilhommes verriers.

En résumé aux dates anciennes une fille est désignée soit par son nom féminisé (CANAGUE), soit par le nom de sa famille précédé de la particule DE (DE CANAC) . Plus tard on l’appellerac tout simplement par son nom de famille (CANAC) . Si le statut social de la famille est élevé le nom deviendra DE CANAC pour tous les membres de la famille . Souvent dans ce cas là les familles achètent un titre de noblesse ou une terre noble qui confère la noblesse à son propriétaire » [5]

-  « Le "de" des famille nobles vient de ce que ces familles prenaient le nom de leur fief principal. Pierre de La Tour était une abréviation pour Pierre seigneur de La Tour. Les cadets conservèrent le nom de leurs pères même s’ils n’avaient plus les seigneuries, et cela quelque soit leurs titres. La plupart des familles nobles avaient ainsi un "de" devant leur nom. Si bien que l’on finit par penser " à tort", que tous les nobles devaient avoir un "de" C’est pourquoi les nobles qui n’en avaient pas, de peur de ne pas passer pour nobles, prirent l’habitude de rajouter un "de" devant leur nom, et ils furent imités par nombre de bourgeois qui voulait singer la noblesse ou s’y infiltrer. A ce propos il y avait une distinction entre les titres de dignités "ducs, comtes, barons etc. qui venait de la possession d’une terre, et ceux de chevaliers, écuyers, damoiseaux etc, qui ne faisait que marquer la qualité des personnes. A partir de Louis XIV le roi commença à donner des titres de dignités sans terre, ce qui sera repris par Napoléon, et les souverains du XIXe siècle. » [6]

-  « Le fait que comme l’explique Frédéric de Roquefeuil les nobles prenaient le titre de leur fiel principal explique que dans les filiations, selon le fief hérité, il y ait un changement de patronyme ce qui peut désorienter au premier abord le généalogiste

Exemple : Irdoine de SEVERAC héritière des maisons de SEVERAC (par son père) et de CANILLAC (par sa mère) épouse de Déodat de Caylus a pour fils Guy IV de SEVERAC et Deodat de CANILLAC

Dans les registres de Saint Mayme que je dépouille en ce moment il y a la famille de TULLIER seigneur de la Roquette, Saint Mayme , Arsac, Lacombe , et autres lieux. On peut considérer le nom "de TULLIER" comme un patronyme suivi de noms de domaine. On voit un certain nombre de fois dans les registres Mr de TULLIER désigné en racourci sous le nom de Mr d’Arsac

Pour les D’ALINGRIN (Sud Aveyron) - même phénomène - on voit l’appellation l’appellation "Mr de Falgous" succéder petit à petit à l’appellation "Jean d’Alingrin seigneur de Falgous" » [7]

-  « Effectivement, dans la plupart de mes documents d’archives les plus anciens, les femmes sont citées "de Taillefer" alors que c’est plus rare pour les hommes. Je crois que cette pratique était plutôt une habitude des notaires rédacteurs d’actes. Je suis de votre avis - et ça a toujours été mon interprétation de la chose - celà voulait très probablement dire "fille de ..." , alors que le père n’était pas gratifié de la particule dans le même document. Bien des contrats de mariage en ma possession, des 16ème et 17ème siècle, sont rédigés de cette façon. Les Taillefer de Domme n’en étaient pas plus nobles pour autant... pas plus que leurs cousins Maleville avant Jacques de Maleville, rédacteur du Code Civil, fait marquis par Napoléon. D’après Maurici, il paraît que les CD de Maleville ne m’apporteront rien pour mes recherches généalogiques car ils concernent une période trop tardive. Il me conseille d’aller chercher plutôt dans les archives de l’évêché et des notaires de Périgueux. Ce sera pour le printemps, quand les frimas auront cessé de rendre inhabitable ma vieille maison périgourdine... » [8]

-  « j’avais déjà posé des questions sur "comment identifie t-on un individu au XVIIème ? "

il semble qu’une femme ne puisse avoir d’existence légale pour elle même

elle fille de, puis femme de, puis veuve de jamais elle n’est "elle"

son seul moyen d’échapper à cela : devenir soeur ..., puis mère ...

cela paraitrait insuportable aujourdhui. les femmes du XVIIème en souffraient-elles ? ? ?

d’ailleurs, les garçons étaient-ils mieux traités ? mis à part le cap d’oustal, qui parlait au nom de la famille, eux aussi restaient de simples "fils de".

mais ils avaient un choix plus ouvert que les filles : en plus de l’Eglise, ils avaient l’Armée, la Marine pour tenter d’avoir une existence personnelle.

ces institutions étaient les "ascenseurs sociaux" de l’époque. » [9]

-  « La particule " de " appliquée à des paysans ou a des non-nobles en général, filles ou garçons, n’ est pas et ne devrait pas avoir à être un sujet d’ étonnement. Pour deux raisons essentielles que notre société individualiste et le formatage sur le seul moule français nous font oublier :

  1. . La raison la plus simple est que l’ on est de quelque part et que l’ on appartient à quelqu’un ou à un clan, disons à une famille. D’ où la particule "de" pour les nobles à partir de leur fief qui leur servait donc de nom de lieu d’ origine, avec extension au clergé, les évêques par exemple, comme celui de Rodez, qui était communément appelé au 17e siècle, en tant que prieur de Maleville, Monsieur - ou Monseigneur - de Rodez. Et même chose pour les paysans ou les non-nobles en général : mon arrière-grand-père de Brandonnet était communément appelé " lo Batista d’ a La Vidaliá / le Baptiste de La Vidalie ", avec article " le " et en oubliant son nom de famille " Lacout ", la Vidalie étant son lieu de résidence. Pour le " de " d’ appartenance à une famille, même chose, et ça ne touchait pas que les filles ou les cadets, bien que dans les documents écrits on le trouve essentiellement appliqué à ces catégories, encore que...
  2. . La deuxième raison est que la langue d’ oc ( et non point "le patois", terme de mépris que les conquérants français ont inventé et emploient pour désigner la langue de vaincus, fut-elle celle des troubadours, et le font employer d’ ailleurs aux dits vaincus ) prenait parfaitement en compte toutes ces nuances de langage, jusque dans les écrits officiels, avec féminisation du nom de famille pour les femmes ( la Murada, la Papina ), sauf si ce nom était déjà féminin ( La Cot ) et avec pluriel pour ces mêmes patronymes, lorsqu’ ils étaient employés en collectif : los Murats, los Lacots, los Papins ( los = prononcer lous ). Et ça dure encore dans la langue parlée : un de mes jeunes camarades qui fait du théâtre - en occitan ! - avec moi et qui parle la langue apprise à la maison - et non dans les livres ! - s’ annonce au téléphone en disant " Soi lo Xavièr de Bach / Je suis le Xavier de Bach " alors qu’ officiellement il s’ appelle en français " Xavier Bach ". Et lorsqu’ à partir de 1539 ( Edit de Villers-Cotterets ), les notaires passèrent petit à petit au français, puis ensuite les curés ( celui de Maleville, entre 1610 et 1630, écrivait encore les actes en occitan, alors que le vicaire les écrivait en français ), tous ces gens gardèrent longtemps les habitudes de l’ occitan, d’ autant que c’ était la langue qu’ ils entendaient tous les jours autour d’ eux, et qui les imprégnait totalement bien qu’ elle ne soit plus officielle.
  3. . Quant aux questions, François Papin, que vous vous posez à propos " d’ existence légale pour elle-même " ou de "jamais elle n’ est elle", ou encore "tenter d’ avoir une existence personnelle", je pense qu’ elles relèvent de l’ anachronisme total pour les périodes antérieures à la Révolution - et même après d’ ailleurs ! - car les questions ne se posaient pas dutout en ces termes puisque, comme dit plus haut, on était de quelque part et on appartenait à quelqu’ un ou à un clan. Et d’ ailleurs ne croyez pas, malgré les formules trompeuses, que la femme n’ avait pas d’ existence légale, notamment en Rouergue et dans les pays d’ oc en général, pays de droit écrit. Et combien de fois ai-je rencontré dans des testaments ou des contrats de mariage, une fille même cadette, faite héritière par son père, au détriment de garçons qui n’ étaient pas jugés capables de faire valoir le bien familial, soit qu’ ils aient été trop jeunes, soit sans doute qu’ ils aient été plutôt inintelligents ou remplis de vices dangereux pour l’ intégrité de la propriété familiale. Je vous dirai même mieux, en pays gascon, dans les Pyrénées, la fille aînée était toujours l’ héritière, au détriment des garçons plus jeunes - eh oui ! - et qu’ elle aubaine pour un cadet d’ une autre famille s’ il pouvait épouser une héritière... Quant à souffrir de ces situations, je me demande si les intéressés se posaient même la question, c’ était comme ça, et puis la solidarité était telle qu ’ en règle générale, sauf clash entre individus, personne n’ était laissé pour compte : même les bâtards étaient nourris dans la famille du père - et même dotées pour les filles, comme une fille légitime - jusqu’ à ce qu’ ils puissent se débrouiller eux-mêmes avec un métier. Tout cela veut dire que si nous nous référons aux règles en vigueur à notre époque - et a fortiori aux déviances de notre société de consommation ! - nous ne pouvons pas comprendre le fonctionnement de ces sociétés anciennes. » [10]


[1] Vues sur genea-12

[2] Vues sur genea-12

[3] Saturday, January 29, 2005 3:34 PM [GMT+1=CET], Francois PAPIN

[4] Saturday, January 29, 2005 3:50 PM [GMT+1=CET], chfournier.albi

[5] Saturday, January 29, 2005 5:05 PM [GMT+1=CET], C.Barret

[6] Saturday, January 29, 2005 6:34 PM [GMT+1=CET], fderoquefeuil

[7] Saturday, January 29, 2005 8:09 PM [GMT+1=CET], C.Barret

[8] Saturday, January 29, 2005 11:32 PM [GMT+1=CET], MOINE marie-francoise

[9] Sunday, January 30, 2005 9:07 AM [GMT+1=CET], Francois PAPIN

[10] Sunday, January 30, 2005 8:12 PM [GMT+1=CET], Maurici


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